163-01 : alors pourquoi ce titre ? Parce que l’oiseau que vous apercevez sur cette photo est un Vautour percnoptère (encore dénommé Percnoptère d’Égypte il y a peu de temps), joli petit Vautour migrateur qui passe l’hiver en Afrique.
163-02 : de loin et de dos, on dirait un Aigle, un peu grand, surveillant son territoire.
Mais cet oiseau est probablement le premier Gypaète barbu de l’histoire (préhistoire comprise) qui regarde le causse ! En effet, il n’y a aucun témoignage, oral ou écrit, aucune trace archéologique récente (moins de 10 000 ans), rien de rien sur la présence du Gypaète dans cette région.
163-03 : cet oiseau, appelé Basalte, est né au zoo de Berlin le 12 mars 2012. Avec Cardabelle, née en Espagne trois jours plus tard, il fait partie d’un projet de renforcement de la population européenne de Gypaètes barbus.
Les plumes décolorées artificiellement avant le lâcher (queue et aile droite) permettent de reconnaître l’oiseau à distance. Cardabelle a des plumes blanches aux deux ailes et une queue normale. À la prochaine mue, dans deux ou trois ans, ces plumes tomberont et les oiseaux ne seront identifiables que grâce à leurs bagues colorées (voir photo n° 15).
163-04 : tout s’explique lorsque l’on sait que la population européenne de Gypaètes barbus est en grand danger car elle est à la fois faible et morcelée. L’autre population de même sous-espèce vit en Asie : effectifs et évolution méconnus !
163-05 : actuellement le noyau pyrénéen va plutôt bien malgré des empoisonnements récurrents et des échecs de reproduction causés par des photographes indélicats (les chasseurs ne sont pas toujours en cause !).
La population corse est faible et en régression.
Une réintroduction est en cours sur l’ensemble des Alpes et les débuts sont prometteurs.
Pour mettre fin à ce morcellement dangereux et permettre des échanges entre populations, une introduction (et non une réintroduction) démarre cette année dans les Causses, la distance entre Pyrénées et Alpes étant trop importante au regard du comportement du Gypaète.
163-06 : ma chance a été de repérer cet oiseau (Basalte) lors de son premier vol alors que j’ignorais tout de cette opération. Le lendemain, en compagnie d’un surveillant de la LPO venu à notre rencontre, nous avons vu Basalte effectuer de nombreux vols autour du site de lâcher.
Toutes les photos de cet article montrent le même oiseau, Cardabelle ayant très peu volé pendant notre séjour.
163-07 : même si les tirs ne représentent plus un gros danger chez nous (mais le risque existe toujours), cet oiseau devra tout de même apprendre à être un peu plus méfiant vis-à-vis des hommes ; prudence est mère de sûreté !
163-08 : voici donc un document historique ! Parce que c’est réellement le premier survol du Causse par un Gypaète barbu, et parce que peu à peu les oiseaux lâchés (il y en aura d’autres) vont prendre les habitudes propres à leur espèce, à savoir longer les pentes et les parois, plutôt que de survoler les plateaux, à la recherche d’ossements. Je sais qu’il en faudrait plus pour ravir Christian Jean-Pierre qui voit trois événements historiques par match de foot, mais moi je suis ému…
163-10 : bien entendu, les oiseaux lâchés sont des jeunes car ils ont des capacités d’adaptation importantes. Ils sont identifiables à leur corps brun et à leur tête entièrement noire.
163-12 : la silhouette du Gypaète barbu est caractéristique : sa queue longue et cunéiforme et ses ailes relativement pointues le distinguent aisément des autres Vautours.
163-13 : ces particularités lui permettent d’inspecter les parois rocheuses d’assez près tout en se jouant des courants d’air parfois violents à proximité du relief.
163-15 : ce premier survol d’une pente ressemble à une descente aux enfers pour Basalte !
Il faudra pourtant qu’il s’y fasse car c’est là qu’il a le plus de chances de trouver les ossements (dans les zones les plus accessibles, les mammifères carnassiers ou charognards cachent les cadavres sous un couvert végétal) qui constitueront l’essentiel de son alimentation.
163-16 : un Gypaète barbu mange entre 300 et 500 g d’os par jour.
Il peut avaler un os de 40 cm de long ! Et lorsque les morceaux sont trop longs ou trop gros, il les prend dans ses serres et les laisse tomber sur des rochers pour les réduire à une taille exploitable.
















