191 – Tirable ou pas ?


Du Courlis cendré et de la Barge à queue noire, ou le casse-tête politique…

Je vous ai déjà parlé du Courlis cendré et de ses déboires avec les politiques, notamment Nicolas Sarkozy pour être clair (page 158).

Et je vous ai demandé de laisser un peu de temps à François avant de trop vous gausser de Nicolas (page 183).


Je ne croyais pas si bien dire.

191-01 – Une Barge à queue noire, amatrice de vase… et fouteuse de merde !


Ces deux grands limicoles (littéralement « amateurs de limon ») européens font parler d’eux en ce moment. Pourquoi ? Parce qu’ils font l’objet d’un moratoire, suspendu, puis reconduit pour cinq ans, durant lequel leur chasse est limitée (pour le Courlis cendré) ou interdite (pour la Barge à queue noire).
  

191-02 – Courlis cendré

Pourquoi limiter la chasse du Courlis cendré ?

Parce que ses populations européennes (aux environs de 200 000 couples) sont en baisse depuis plusieurs années. Ce déclin étant lié à l’évolution de l’agriculture dans les zones de reproduction, il est peu probable que cette tendance s’inverse. 

Les prairies naturelles constituent des sites privilégiés pour la reproduction du Courlis cendré. 

Malheureusement, pendant que les prairies les plus pauvres, abandonnées, se transforment en friches, les autres sont exploitées de manière intensive. Dans les deux cas, la reproduction du Courlis est désastreuse voire même impossible.
  

191-03 – Courlis cendré

Alors que faire ? Pas facile de demander aux agriculteurs de détruire moins… Interdire la chasse ne mange pas de pain et fait plaisir aux braves gens… 

Ne pas tirer une espèce en difficulté, ça ressemble à du bon sens, mais que diriez-vous si l’on interdisait le tir de l’Écureuil tout en abattant sa forêt ? Et c’est pourtant ce qui se passe, les forêts « modernes » étant bien moins favorables à cette espèce protégée.

Ou si l’on déplaçait des animaux, en présence de caméras, dans une forêt tropicale en Guyane française par exemple, pendant que l’eau bloquée par le barrage EDF noie définitivement leur vallée, pour montrer qu’on les aide ?


Bien sûr que c’est idiot.


Et comment vont réagir les chasseurs s’ils ne peuvent plus tirer les Courlis ou les Barges ? Que vont-ils exiger en contre-partie ?
  

191-04 – Courlis cendré

Appelons un chat « un chat » !

Pour sauver le Courlis cendré, il faut au minimum préserver ses sites de reproduction et pour interdire sa chasse, il faut avancer des arguments qui tiennent la route.

Les agriculteurs et les chasseurs  ne seront pas contents, et si besoin ils sauront se faire entendre… Si ce gouvernement n’avance pas sur un « aussi petit » dossier, d’autres que le Courlis peuvent commencer à trembler… 

  

191-05 – Courlis cendré

Et tôt ou tard (aujourd’hui ?), si les populations de Courlis continuent de régresser, il sera hors de question (ou tout du moins indéfendable) de le chasser…

Le gouvernement a trouvé la solution ! Les chasseurs pourront le tirer en bord de mer où il ne niche pas !

Manque de courage ou incompétence, je ne le sais pas mais cette issue est lamentable car la très très grosse majorité des Courlis cendrés passe l’hiver en bord de mer avant que les survivants ne rejoignent leurs zones de reproduction !

J’ai quand même l’impression qu’il va falloir renommer le Courlis cendré pour l’appeler le Dindon.
  

191-06 – Deux Barges à queue noire et un jeune Chevalier gambette (à droite).

La Barge à queue noire est dans une situation assez ressemblante mais un peu plus complexe… et donc plus simple ! J’explique…

Deux populations distinctes fréquentent l’Europe. L’une niche essentiellement en Islande et passe l’hiver en Europe continentale (environ 45 000 oiseaux). L’autre niche en Europe continentale (100 à 140 000 couples) et passe l’hiver en Afrique subsaharienne.

Simple.

  

191-07 – Barges à queue noire

Trop simple. Car bien entendu, tous ces oiseaux se croisent et se côtoient durant leurs déplacements, en pleine période de chasse.

Alors comment ne pas pénaliser les Islandaises, peu nombreuses même si en expansion, et préserver les continentales, plus communes mais en forte régression ?
  

191-08 – Barge à queue noire

Puisqu’en hiver il est à peu près impossible de distinguer les deux populations, et même si la chute des effectifs des continentales est liée à l’intensification de l’agriculture aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, il est inconcevable de maintenir la chasse de cette espèce.

Donc pas de chasse, mais, comme pour le Courlis cendré, on ne se passera pas longtemps de sites de reproduction favorables !

  

191-09 – Barge à queue noire
  

191-10 – Barge à queue noire
  

191-11 – Barge à queue noire
  

191-12 – Barge à queue noire
  

191-13 – Courlis cendré (tirable !).
  

191-14 – Courlis cendré
  

191-15 – Courlis cendrés


Pour compléter, précisons que la Fédération Nationale des Chasseurs tente de renégocier ce moratoire (trop sévère pour les chasseurs), et que tous les autres pays européens ont décidé de fermer la chasse de ces deux espèces.

J’ai largement actualisé mes connaissances de ces deux espèces en consultant le site migraction.net mais les opinions exposées dans cet article n’engagent que moi, of course.



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