Les journaux nous ont bien plus parlé du tigre (?) de Seine-et-Marne que des 3 Loups abattus mercredi matin dans le Gard. Et pourtant je pense qu’il y a bien plus à dire sur le Loup et sur sa « gestion » actuelle que sur ce tigre (qui finalement était un Chat) !
Protéger : défendre, mettre à l’abri de nuisances éventuelles, prendre soin, favoriser le développement ou l’accroissement.
Tout le monde devrait connaître le sens de ce mot, mais par les temps qui courent, il me semblait utile d’en rappeler la définition.
Une espèce bénéficie généralement d’un statut de protection juridique lorsque sa situation évolue, ou a évolué, défavorablement et l’a parfois mené au bord de l’extinction.
C’est une bonne chose, à condition que ce nouveau statut mette fin aux causes du déclin. Ou au minimum qu’il limite l’hémorragie. Sinon, et c’est parfois le cas, ce n’est que poudre aux yeux ! (Voir page 191).
En France, beaucoup d’espèces bénéficient d’un statut de protection plus ou moins fort.
Chacun sait que la plupart des petits oiseaux sont protégés, mais même le Sanglier, auteur de nombreux dégâts et pour cette raison souvent classé « nuisible », est partiellement protégé. Il est par exemple interdit de le chasser en hélicoptère ou de l’empoisonner, ce qui peut vous sembler évident et normal, mais évite de nombreux abus.
Venons-en au Loup.
La France ayant pris des engagements auprès de l’Europe avant l’arrivée du Loup, l’espèce est protégée (et non « surprotégée » ou « super protégée », ces statuts juridiques n’existent pas) en France depuis 1993, juste après son arrivée officielle en 1992, année où il aurait été « lâché par des agents de l’État » d’après M. Estrosi, marionnettiste en chef au Parc du Mercantour.
M. Estrosi pourrait avoir parfaitement raison sur ce coup-là s’il condamnait le traitement dont cette espèce continue de faire l’objet aujourd’hui, mais je crois qu’il sous-entendait, devant un public de chasseurs conquis d’avance, que les bêtes avaient été apportées en France et remises en liberté !
Le populisme, le bouc-émissaire, encore et toujours… Botter en touche, allumer un contre-feu… Je m’égare.
Les faits sont là, le Loup aussi.
En nombre croissant et sur un territoire de plus en plus étendu.
Les chiffres officiels font état d’une population comprise entre 200 et 400 individus, avec toutefois un nombre réduit de meutes constituées et stables (peut-être 20).
Grosso-modo, ça baigne pour le Loup dont les effectifs continuent de croître. (Ça n’est peut-être plus le cas aujourd’hui).
Alors pourquoi le protéger ?
Pour plusieurs raisons.
Parce que, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, il a sa place dans notre environnement actuel. Certains des problèmes liés à une mauvaise gestion des Ongulés sauvages (densités importantes et concentrations artificielles par endroits) seraient en partie réglés par la présence du Loup qui disperserait ces noyaux, nuisibles à la fois à la végétation et aux animaux eux-mêmes.
Parce que cette espèce, au même titre que l’Ours brun et d’autres, est emblématique et nous donne, ou non, du crédit avant de demander aux Indiens de préserver les Tigres, les vrais, parfois mangeurs d’Hommes, ou aux Africains de faire quelque chose pour « leurs » Éléphants. Si dans un pays riche comme le notre nous ne pouvons garder 300 Loups et 25 Ours, arrêtons de donner des leçons aux autres.
Et aussi parce que c’est beau, c’est sauvage, ça fait partie de nos rêves et de nos cauchemars, parce qu’une forêt sans Loup peut aussi devenir une forêt sans Cerf, sans arbre tordu ou non aligné, sans être vivant non produit et contrôlé, bref sans vraie vie… Et c’est peut-être cela le plus dommageable, le plus inquiétant pour notre santé mentale et notre santé tout court.
Alors il faut protéger le Loup. Vraiment. Pas seulement sur le papier.
Aujourd’hui, sur le site Service-Public.fr, il est dit « Le loup est une espèce protégée, sa chasse n’est pas libre ». C’est très clair !
Mais il y est question de dérogations, d’effarouchement, d’abattage…
Ces dérogations peuvent être accordées à des éleveurs, des propriétaires, des chasseurs…
L’abattage n’est permis que dans 20 départements, jusqu’en juin 2015, avec un plafond de bêtes à abattre fixé à 24, mais ce plafond pourra être relevé à 36 dès que 20 loups auront été abattus !!!
Protection ou encouragement à tous les dérapages ?
À ce jour, 14 novembre 2014, 12 Loups ont déjà été abattus et déclarés. Combien de blessés, de tués non déclarés ?
Cette « gestion » d’une espèce protégée par des bénévoles ayant tous envie d’exterminer le Loup est une aberration, peut-être même une tricherie savamment organisée…
Il est vrai que le braconnage existait déjà (quelques dizaines de Loups par an « officiellement »), mais est-ce le rôle du ministère que de l’encourager ?
Et les troupeaux, les bergers, la transhumance, il faut faire quelque chose pour eux.
La transhumance existe toujours, mais l’essentiel se fait en camion (heureusement sans écotaxe), les bêtes étant débarquées en aval du village pour que les médias et les touristes puissent sentir (ça sent fort, le Mouton), entendre, photographier ou filmer, se coller deux crottes sous les chaussures… Sauver le folklore, l’image d’Épinal.
Les aides à l’élevage ? La filière ovine des Pyrénées a reçu 48,5 millions d’euros entre 2007 et 2013 pour soutenir le pastoralisme.
En 2011, l’État a versé 1,55 million d’euros pour les 4 921 brebis « tuées par le Loup » (6 196 en 2013). « Tuées par le Loup » signifie que les constatations n’ont pas pu exclure formellement l’implication du Loup. Nuance !
En 2006, quelques 500 000 ovins estivaient dans les Alpes. Avant l’arrivée du Loup, chaque année environ 1 200 d’entre eux étaient victimes de Chiens en divagation. En 2006, sur la même zone, le Loup est présent et 2 453 Moutons ont été indemnisés car supposés prédatés par le Loup (le bénéfice du doute !).
Ces 500 000 braves bêtes donnent droit chacune à une prime de 20 à 25 euros au printemps, plus gros lot si le Loup les fait disparaître en cours d’été ! Si ce n’est pas une aide substantielle, c’est quoi ?
Alors ?
L’élevage ovin va mal, notamment en dehors de la zone de présence du Loup (Voir page 248). Mais cette chasse déguisée ne réglera rien. Après un calme relatif chez les éleveurs et les chasseurs, les problèmes ne feront probablement que s’aggraver.
Continuer de mettre des Moutons (un des animaux les plus cons qui soient) dans un milieu rude sans surveillance active, c’est une hécatombe assurée.
Si le Loup est présent… c’est pire, mais à peine !
Pourquoi les éleveurs ne pleurent-t-ils pas les dizaines de milliers de Moutons morts chaque année, mais uniquement ceux qui sont susceptibles d’être indemnisés au prix fort (entre 100 et 350 euros par bête contre 50 à 150 euros environ au cours du marché) si le Loup est un coupable potentiel ?
Et cette chasse, bousculant les animaux au hasard, aura le même effet que le braconnage, c’est-à-dire une déstructuration de certaines meutes, des déplacements et des dispersions difficilement prévisibles… Comment anticiper alors, préparer les protections indispensables, gérer ?
Sans compter que cette dispersion peut aussi, effet pervers, favoriser la rencontre d’individus isolés. En temps normal, dans une meute constituée, seul le couple dominant se reproduit. Mais en l’absence de concurrents, s’il y a une dame et un monsieur, jackpot ! Et comme ils peuvent être loin des zones où vous les attendiez…
N’oublions pas non plus que les Ongulés sauvages sont autrement plus difficiles à chasser que les Moutons et que s’ils sont à la portée d’une meute de Loups, ils ne peuvent pas être capturés aussi facilement par des individus isolés… qui trouveront table mise en l’absence de berger… surtout là où on ne les attend pas !!!
C’est le deuxième effet Royal Conne…
Après la gestion calamiteuse des Bouquetins du Bargy (en pause pour l’instant), Ségolène improvise sur les Loups. Je croyais avoir tout vu avec Roselyne en matière de n’importe quoi, mais il ne faut jamais jurer de rien. Nabilla étant en prison, cette descente infernale devrait cesser.
Après la disparition des sorcières, puis du Loup, il a fallu trouver un autre coupable…

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268-02 – Deux ados à la découverte du monde.

268-03

268-04

268-05 – Un adulte croisé par hasard au printemps. Instant magique.