297 – De la chair à canon

Lundi 20 juillet 2015.

Avec le plus grand sérieux (et un brin d’énervement si j’en juge par le geste qu’il a envers le « con » qui lui remet sa cravate en place avant le passage à l’antenne), Stéphane Le Foll explique aux agriculteurs de Normandie qu’il ne se déplacera pas à Caen puisque, d’une part, le problème n’est pas spécifiquement normand et que, d’autre part, il attend un rapport sur la base duquel il engagera de nouvelles discussions jeudi.
Et toc. Les paysans à la maison, je suis Ministre et Porte-parole du gouvernement quand même ! Non mais !
Je ne le reconnaissais pas, lui qui distribuait il y a peu des chèques et des promesses aux trois producteurs d’échalotes qui toussaient du fond de la Bretagne. Clientélisme, largesse envers des gens du pays de ses géniteurs, petit relâchement passager en ces temps de crise et de restriction ? Je ne sais pas, mais là, changement de ton, le ministre reprend les rênes…
Lundi !

Mardi il est à Caen. Ah !
Il s’est pissé dessus, comme un petit garçon. Ou comme sa collègue Ségo dont on ne compte plus les volte-faces.
Bruno Le Maire, énarque et politicien, ayant été mettre un peu d’huile sur le feu à Caen, Stéphane a eu peur, comme un petit garçon, comme Ségo.

Je n’ai évidemment pas tous les éléments, loin de là. 
Je pense simplement que si le ministre ne connaît pas le dossier, s’il ne sait pas si ce voyage en province est à faire ou non, si ce sont les casseurs et les embrouilleurs qui lui font son agenda de déplacements, il devrait céder sa place, et partir (sans parachute doré). 
Que les éleveurs aient des difficultés, c’est indéniable pour une partie d’entre eux (même si pas tous) et le rôle des politiques serait de les aider  à tenir si c’est envisageable, ou à changer de production si besoin.

Les faits sont têtus et les manifestations, avec ou sans aide à la clé, n’y changeront rien.
La consommation de viande, et surtout de viande bovine, décroît régulièrement. Ces éleveurs doivent savoir que nombre d’entre eux devront se reconvertir ou mettre la clé sous la porte. Et je ne vois vraiment pas comment l’augmentation du prix de la viande pourra améliorer la situation !

Alors on nous parle du modèle allemand, de fermes de 1 000 vaches ou de 500 truies, plus rentables. L’avenir ! L’avenir pour certains sûrement, mais pour les autres, l’impasse, encore. Fuite en avant, voie sans issue. Guerre des prix et concentration toujours plus poussée.
Concurrence oblige, les éleveurs français s’y mettent aussi. Mais il y a 2 fois moins d’agriculteurs en Allemagne qu’en France. Tous savent que ceux qui s’en sortent aujourd’hui mangeront leurs petits concurrents demain. Système pervers où chacun croit pouvoir toucher le gros lot mais où les faits, encore eux, montrent qu’il y a de moins en moins de rescapés. 
Les autres, les petits, ceux qui ont de vraies difficultés, ceux qui sont à bout, servent de chair à canon, poussés en première ligne pour maintenir en ordre de marche une machine qui les broiera. 

Si la production de viande bovine ou ovine correspond à une utilisation rationnelle de certaines parcelles (l’herbe est parfois la seule culture possible), trop souvent elle constitue un gaspillage de terres et d’eau, voire de carburant (engrais, tracteurs). Faire de la viande sur des terres propices aux cultures est un non-sens écologique et économique. 
Si les agriculteurs veulent continuer à nourrir la planète, il va falloir qu’ils fassent autre chose que de la viande !

Et si l’on parle de gaz à effet de serre, Stéphane et Ségo sont aux premières loges, qui préparent la grand messe de fin d’année consacrée au dérèglement climatique. Ils savent donc que l’élevage génère 15% des émissions de ces gaz. Ils savent aussi qu’il faut plus de 300 m² de terre et 15 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de bœuf. Ils savent que pour nourrir notre bétail, les surfaces consacrées au soja augmentent au détriment des cultures vivrières et de la forêt vierge…

Après avoir tordu le cou à l’éco-taxe et après avoir tenté de négocier des tarifs plus doux avec les gestionnaires des autoroutes, Ségo a limité la hausse du tarif de l’électricité ; autant de signes forts aux gouvernements prochainement invités à débattre des solutions à adopter pour freiner les consommations d’énergies toujours en hausse et responsables de tant de déséquilibres.
De son côté, Stéphane va dans le sens d’une agriculture « moderne » incompatible avec une gestion du réchauffement climatique.

Le point commun entre ces deux… bricoleurs ? Justement, le bricolage, l’improvisation, le foutage de gueule, sous le contrôle de Valls et Hollande. Tout ce petit monde prépare avec le plus grand sérieux (?) le sommet consacré au dérèglement climatique, mais en attendant c’est la fête du slip ! On se lâche à chaque instant, on ne contrôle pas ses arrières. La rue commande, même quand elle a tort.

Le climat change, les années trop humides ou trop chaudes, les inondations ou les averses de grêle ne font et ne feront qu’augmenter. L’immigration clandestine liée aux conflits en Afrique et au Proche-Orient fait peur et alimente des phobies entretenues par le FN et les Républicains, mais ce n’est qu’un petit avant-goût de ce que seront les déplacements de populations imposés par les sécheresses ou la montée des eaux marines. Ceux qui l’annonçaient, prudemment, étaient traités de prophètes de malheur. Que de temps perdu depuis… Et aujourd’hui encore…

Que faire ?
J’ai choisi de manger moins de viande (c’est meilleur pour ma santé et pour notre planète), mais de qualité. Je me suis récemment régalé d’un morceau d’Aubrac en Lozère. Une vraie race à viande, élevée sur des pâturages qui ne prennent pas la place de cultures, produite et préparée dans la région. Un geste de consom’acteur qui réjouit les paysans et les artisans locaux, et non les agro-industrio-chimico… Que du bonheur !

troupeau de moutons sur le causse Méjean. Vautour fauve à l'horizon

297-01 – L’herbe est parfois la seule culture possible. Moutons sur le Causse Méjean. Sur le rocher, le service d’équarrissage !

berger et chiens de troupeau mènent les moutons sur le causse

297-02 – Toujours sur le Causse Méjean, conduite d’un troupeau au pâturage avec l’aide de Chiens. C’est dimanche et il est 7 heures 30 ! L’élevage n’est pas fait par des fainéants, ici comme ailleurs. Nous avons vu ce même troupeau revenir vers 22 heures 30, avec bergère et chiens. Ces Moutons élevés pour leur viande pourraient passer la nuit dehors, mais des attaques récentes de Loups sur ce secteur obligent les bergers à prendre des précautions.

porc élevé en plein air

297-03 : Porc. Ne vous fiez pas à son air con, c’est un animal intelligent.

vache charolaise au pré

297-04 : Vache et sa langue de bœuf !

vache normande

297-05 : Vache normande en Bretagne.

vache charolaise au pré

297-06 : Vache. Elle pâturait dans un herbage entrecoupé de bois et de ronciers.

vache charolaise dans les fleurs

297-07 – Des bois, des ronciers, et des mouches, et des Taons.

vaches au lever du jour

297-08 – Un souffle chaud et humide au lever du soleil.

vache

297-09

vache

297-10

chèvre

297-11 : Chèvre. L’iris très particulier me rappelle ceux des Seiches ou des Pieuvres. 

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer