Un copain m’a demandé une petite page expliquant les différences entre Pouillot fitis et Pouillot véloce, les deux étant très présents en ce moment. Attention, ces deux espèces sont parfois particulièrement difficiles à distinguer et je n’ai pas de truc infaillible. Je vais donc vous donner les critères qui permettent de les reconnaître la plupart du temps.
Deux cas de figure se présentent : 1- l’oiseau est un mâle et chante, et la distinction est évidente ou 2- l’oiseau ne chante pas et c’est beaucoup plus compliqué, et parfois même impossible si vous ne l’avez pas en main !
Commençons par le chant qui est simple, presque ridicule chez l’un, et délicat, élaboré, maîtrisé, extrêmement élégant chez l’autre. Il n’y a pas de risque de confusion. La distinction peut aussi se faire par les cris, mais l’affaire est plus délicate et je ne parlerai ici que des chants.
Dans les deux cas, il y a des variantes selon le moment ou les individus, mais les voix et les styles restent faciles à reconnaître.
Si votre oiseau ne chante pas, l’affaire se corse.

358-01 : Il est des espèces pour lesquelles une description simple des formes ou des couleurs permet une identification immédiate. Si je vous parle d’un oiseau au ventre rouge vif, inutile de discourir, chacun sait qu’il s’agit du Bouvreuil pivoine. Et je place, comme convenu, une photo de Bouvreuil pour illustrer une page sur les Pouillots !
Mais pour d’autres espèces, et nos Pouillots en font partie, il faut avoir recours à des critères plus complexes ou plus subtils.
Illustration avec deux individus assez classiques dans leur plumage de printemps.

358-02 : le Pouillot fitis est globalement plus clair, plus jaune et blanc que le Pouillot véloce. Ses pattes, et plus encore le dessus de ses doigts, sont plutôt clairs. Son sourcil jaune se prolonge loin derrière l’œil et est d’autant plus visible que le trait sombre qui barre l’œil est bien marqué. Et ce trait sombre est lui-même souligné par une joue un peu pâle, ce qui donne un « visage » assez contrasté.

358-03 : le Pouillot véloce est terne, souvent plus sombre, plus uniforme que le Pouillot fitis, plus rond aussi. Ses pattes sont en principe sombres, voire très sombres ou noirâtres, avec parfois le dessous des doigts jaune vif. Le sourcil est généralement court et assez peu marqué. La joue est sombre et contraste avec le bas du cercle oculaire blanchâtre. L’ensemble est plus doux que chez le Pouillot fitis.
Les guides parlent aussi de la couleur du bec, à peu près uniformément sombre chez le Pouillot véloce alors qu’il présente une base rose-jaune chez le Pouillot fitis. Je ne trouve pas ce critère très judicieux et je ne l’utilise jamais (mais c’est peut-être un tort).
Couleur du bec ou pas, vous avez bien compris que nos deux compères posent problème aux ornithologues depuis longtemps. Et lesdits ornithologues cherchent de nouveaux critères, de nouveaux trucs pour se faciliter la tâche. La « projection primaire » en est un exemple. Derrière ce terme qui semble bien savant (mais certains naturalistes aussi aiment se la péter) se cache un truc très pratique et plutôt fiable.

358-04 : voici une Hirondelle de rochers en plein toilettage. Son aile partiellement dépliée nous permet de voir les rémiges primaires (flèche rouge), secondaires (flèche jaune) et tertiaires (flèche bleue). Les Passereaux ont généralement 10 rémiges primaires, 6 secondaires et 3 tertiaires.

358-05 : la même Hirondelle de rochers coiffée de frais. Au repos, les rémiges tertiaires recouvrent les rémiges secondaires et les cachent parfois presque totalement.

358-06 : une Hirondelle de rivage. Les rémiges primaires dépassent très largement les rémiges tertiaires. Ce « dépassement » (trait rouge) est appelé « projection primaire » et est propre à chaque espèce. Pour simplifier la lecture sur le terrain, il est d’usage de comparer la projection primaire à la longueur visible des tertiaires. Ici la projection primaire fait environ 3 fois les tertiaires.

358-07 : chez les Pipits (ici un Pipit farlouse) et les Alouettes, la projection primaire est presque nulle. Si vous confondiez Alouettes et Hirondelles, vous voilà tirés d’affaire !

358-08 : ce critère n’est pas plus radical que les autres pour différencier nos Pouillots, mais c’est tout de même un élément de plus. Comparez la projection primaire de ce Pouillot fitis avec celle du Pouillot véloce en médaillon. Chez le Pouillot fitis, la projection primaire approche la longueur des tertiaires alors qu’elle n’en dépasse que rarement la moitié chez le Pouillot véloce. Au premier coup d’œil, l’un a l’aile longue et pointue, l’autre l’a courte et ronde.

358-09 : le Pouillot véloce du médaillon de la photo n°8.
Vous l’avez compris, la distinction entre Pouillot fitis et Pouillot véloce est souvent très complexe et seule la pratique peut vous permettre de nommer la majorité des Pouillots. Je continue donc en vous présentant d’autres photos de ces deux espèces.

358-10 : teinte générale jaune, sourcil long et bien marqué, pattes plutôt claires, c’est un Pouillot fitis.

358-11 : beaucoup plus gris, « plus sale », avec des pattes sombres, pratiquement sans sourcil, incontestablement un Pouillot véloce.

358-12 : Pouillot fitis.
Dernière remarque avant une autre page illustrée. Si vous allez au Pays basque à la belle saison, méfiez-vous du Pouillot ibérique, sorte de chaînon manquant entre le Pouillot véloce et le Pouillot fitis ! Et évitez en toute saison le Jean Lassalle, chanteur imbécile n’ayant pas attendu les séquelles d’une grève de la faim pour faire n’importe quoi avec l’argent public (voir le scandale de son Institution Patrimoniale du Haut-Béarn censée sauver bergers et Ours).