Je n’aurais pas voulu être « Américain » (comprenez WASP, et non Mexicain ou autre indigène sous-alimenté !) et avoir à choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump. Les prénoms me donnent déjà envie de vomir. Et la suite est à pleurer.
L’une est une arriviste capable de tout dans sa quête du pouvoir, et l’autre est… pareil. Je crois l’un des deux bien plus intelligent que l’autre, et je constate donc que l’intelligence n’est pas l’argument absolu pour gagner une élection présidentielle aux States. L’abruti richissime met peu à peu sa politique en place. L’axe majeur est simple : l’argent. Tout ce qui permet des gains rapides et colossaux est bon, et même si les « Américains » sont prioritaires, le business autorise tous les arrangements.
La suite est un worst-of de ce que peut faire ou dire un président, la plus mauvaise communication qui soit pour un pays ou pour un système politique. Qui peut encore rêver de démocratie en voyant ce lamentable spectacle ?
Par exemple, au cours d’une interview accordée à Fox News, Donald raconte comment, lors d’un déjeuner le 7 avril 2017, il a annoncé à Xi Jinping, président chinois, qu’il venait de lancer 59 missiles Tomahawk sur l’Irak. Surprise de la journaliste et correction de Donald car c’était bien la Syrie, et non l’Irak, qui était visée. L’erreur est pardonnable pour quelqu’un qui semble avoir quelques lacunes en géographie !
Ce qui me surprend et me déçoit le plus, c’est l’espèce de normalisation qui est en cours. Progressivement, Donald rentre dans le paysage mondial et surprend moins. Sa bourde sur la Syrie-Irak en devient presque risible. Et l’on se prend à attendre sa prochaine bévue. Va-t-il pilonner la Corée du Nord ou inviter Kim Jong Un à une petite sauterie entre gens civilisés ? Ce qui est dramatique, c’est qu’aucun pronostic n’est idiot car ces deux dirigeants sont capables d’à peu près tout ! Et si vous ne riez pas encore aux éclats, pensez à Vladimir qui, torse nu sur sa banquise, doit bouillir en constatant qu’il n’est plus le plus bankable auprès des médias.
Par chance, nous vivons en France, vieux pays raisonnable où il n’est pas concevable d’avoir de tels arrivistes à la course à l’Élysée. Et si c’était le cas, ce bon peuple français se ferait un plaisir d’éliminer les trublions au premier tour pour ne garder que des gens sérieux.
Si l’on n’imagine pas De Gaulle mis en examen, il n’est pas plus concevable de conserver pour le second tour un candidat qui pense que la Guyane est une île ou une éternelle assoiffée de pouvoir déjà dépassée par les événements. Heureusement car je n’aurais pas supporté !
Blague à part, tout n’est pas comparable. Je pense qu’il y a un gouffre entre Marine et Hillary, et que la boulette d’Emmanuel n’est pas aussi grave et symptomatique que celle de Donald.
Mais, chez nous aussi, la normalisation est en cours. Si le programme de Macron ne me fait pas rêver, celui de Marine est intenable, inconsistant, inquiétant, mais admis par beaucoup. Les périodes de crise, de malaise plus ou moins justifié, génèrent des votes fantaisistes. Plutôt un clown au pouvoir que le maintien d’une classe dirigeante jugée incapable. Et après on verra !
Hollande, Valls et Macron ont trahi leurs électeurs en faisant une politique de droite. Hollande abandonne et Valls se prépare à la succession en se présentant à la primaire. Sauf que les électeurs, encore eux ! lui préfèrent un homme de gauche (Hamon). Valls trahit encore une fois, torpille Hamon et son propre parti et soutient Macron, candidat « libre »… Et certains s’étonnent de l’embarras des électeurs de la gauche française face au choix qu’on leur propose au second tour.
En face (?), Fillon, l’obstiné cupide, a plombé une droite déjà bien malade.
Grâce à cette flopée de fins stratèges, la place est donc prête pour le clown. Attention, le jeu est dangereux. Dans le passé, les clowns sont restés en place et ont mené leurs pays respectifs au désastre et aussi à la guerre. Depuis, l’Europe politique a au moins permis de maintenir la paix, mais aujourd’hui les clowns veulent la quitter !
Comment tout ceci est possible ? C’est un des effets pervers du capitalisme débridé et mondialisé. Le « toujours plus » n’est évidemment pas tenable dans la durée. Chacun le sait, le sent, mais notre éducation est bien faite (la place faite à la compétition est significative) et chacun veut gagner plus, voyager plus, manger plus… avoir une nouvelle voiture, changer de maison… Notre monde n’est rien d’autre qu’un stade géant pour une compétition sportive (la nouvelle religion, sponsorisée par les plus grands) démesurée.
Les premiers, les winners, ceux qui sont sur le podium, sont très bien servis. Et ils se montrent, ils s’étalent, ils passent à la télévision (c’est aujourd’hui un but pour certains) pour faire envie, pour entretenir le mouvement générateur de profits. Ce serait indécent, sans la normalisation.
Au pied du podium, ceux qui espèrent encore, qui pensent avoir leurs chances au prochain combat.
Une partie des autres, toujours plus nombreux car les winners sont de plus en plus gourmands, se contenteront de leur frustration et du sentiment d’injustice. Étonnez vous qu’ils votent pour le clown, ils ne font que chercher un peu d’air frais. Comment peut-on croire que le discours d’un petit bourgeois sarthois ou d’un jeune loup formé chez Rothschild puisse être audible et compréhensible chez les lésés ? Comment peut-on amener à un vote de raison des électeurs qui ont toujours été bernés par la même classe dirigeante ? Pour ne pas sombrer, ils sont tenus de croire en quelque chose, de s’accrocher à un rêve. Marine leur sert des promesses qui viennent d’un camp rejeté par tout le monde. Donc crédibles !
Les derniers, nombreux aussi, meurent dans des usines en Inde ou dans des embarcations de fortune en Méditerranée… Au moins ceux-là ne voteront pas Le Pen !
Les élus peu scrupuleux, protégés par de grands partis qui craignent pour leur image, ont bien savonné leur planche. Aujourd’hui, ils pleurent pour que leurs électeurs meurtris les écoutent encore et leur évitent une chute douloureuse. Spectacle pitoyable, mis en scène par une partie de la presse. Jean-Luc Mélenchon semble être le seul à considérer ses électeurs comme des adultes en leur demandant de réfléchir, de choisir et non de suivre une consigne de vote !
Le Pen ne passera probablement pas cette fois, mais la démocratie est bien malade. De ses dirigeants et de ses votants.

360-01
Marine Le Pen ne passera pas cette fois, je le pense aussi, sauf que compte tenu de la montée des encoléré(e)s et des délaissé(e)s de la société, toutes les personnes qui se sentent trahies, humiliées, peu considérées, dévalorisées, il y a fort à parier que, compte tenu de la politique que va mener le nouveau produit marketing, le mouvement à la tête duquel elle est va s'amplifier, et qu'en sera-t-il des élections suivantes, qui se feront sans doute dans un contexte encore plus catastrophique. Je sais bien que ce n'est pas demain, que j'anticipe beaucoup, mais je suis inquiète de ça, aussi.
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Moi aussi je suis inquiet car je pense que malgré son jeune âge (pour un présidentiable), Macron ne représente pas le changement et qu'il nous fera une politique de droite, de consommation, de fuite en avant encore une fois. Les ennuis inhérents à ce type de société resteront et prépareront le terrain pour le Front National qui gagnera tôt ou tard.Je n'avais même pas l'intention d'aller voter mais je viens d'entendre Audrey Pulvar qui explique que voter pour Macron n'empêche pas , dans l'hypothèse où il est élu, de s'inscrire dans une démarche d'opposition dès dimanche à 20 heures 01, de voter contre lui aux législatives, de descendre dans la rue… alors que la possibilité de manifester pourrait être remise en cause par le Front National. Elle vient sans doute d'obtenir que je vote pour Macron, pour être sûr de pouvoir le critiquer et m'opposer à lui aussitôt que possible !
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