Je souhaite souvent du changement, mais pas n’importe où ni n’importe comment.
Pour avoir voulu péter plus haut que… ce que me permettait mon anatomie en matière d’informatique, me voilà en panne d’ordinateur et donc contraint de remettre en service un portable qui aurait du être recyclé, puisque sans batterie. Mais comme d’autres, de mon âge, je ne jette plus, ou moins, j’ai tendance à garder, au cas où !
Je reprends donc ce vieil objet (il a plus de sept ans !)… et je réalise alors qu’il s’agit vraiment d’un vieil objet, lent et manquant de puissance. Bien sûr que s’il le fallait, cet ancêtre me rendrait encore bien des services (ce qu’il fait d’ailleurs en ce moment), mais j’ai pris goût au grand écran, aux fichiers lourds, aux applications sophistiquées, aux multiples fenêtres et onglets, et l’ancien a du mal à suivre. Clairement oui, les progrès sont énormes en termes de puissance et de rapidité, deux des principales qualités d’un ordinateur. Mais quelle usine à gaz lorsque l’on souhaite un service simple, quelle complexité inutile pour par exemple réduire ou imprimer un document.
J’ai aujourd’hui entre les mains des outils de professionnels sans en avoir ni les besoins ni les compétences. Et comme si cela ne suffisait pas, mon ordinateur peut aussi photographier et filmer (et mon appareil photo peut retoucher des images et leur adjoindre du texte. Comme mon téléphone qui fait aussi GPS et me parle). Je riais de ces gens qui avaient un magnétoscope et ne savaient pas enregistrer un film. Ils sont passés d’une télévision ayant trois boutons et autant de chaînes à un ensemble télé-magnétoscope télécommandé par deux boîtiers ayant 30 ou 40 boutons chacun ! Pour regarder la même chaîne tous les jours ! Je voyais poindre la révolte, le boycott, je savais la prochaine fin de ces gadgets idiots…
Vous connaissez la suite et ne vous étonnerez pas que je ne prédis plus l’avenir avec autant d’assurance !
Je ne ris plus. Ces faux progrès qui embrouillent plus qu’ils ne servent, sources potentielles de pannes et de contrariétés, sont partout. Le couteau suisse, si peu pratique mais si étonnant, a remplacé l’Opinel, exceptionnel de simplicité et d’efficacité.
Dans le même temps, nombre d’objets prennent leur indépendance et ne se laissent tripoter que par des professionnels, des « vrais professionnels » (voir ici). Je ne peux plus changer une ampoule grillée sur ma voiture qui parle, filme et refuse de démarrer si je ne mets pas ma ceinture… Mon ordinateur réclame des mises à jour, mon téléphone demande à être rechargé. Si l’on n’y prend garde, les robots vont arriver au pouvoir…
Mais toujours point de rébellion. Au contraire. Les acheteurs en redemandent ! Ils n’ont plus besoin d’allumer leurs feux, de regarder pour faire une marche arrière, de fermer leurs volets le soir… ils sont heureux… c’est le progrès. C’est le couteau suisse déguisé en Opinel car tout est inside.
Si je ne trouve pas cette évolution intéressante, c’est parce qu’elle vous déconnecte en vous faisant croire que vous êtes hyper-connecté, qu’elle vous éloigne d’une réalité qui n’est pas toujours avouable. Le travail des enfants ou le pillage des ressources naturelles, notamment dans les pays « pauvres » (mais si convoités), sont des préalables au maintien de l’innovation à des prix concurrentiels. Et il ne serait pas bon que les consommateurs en aient trop conscience. Heureusement, les messages, les raccourcis, les slogans sont prêts. La déconnexion en cours permet de créer des associations parfois aberrantes mais crédibles et bonnes pour le business !
Sans réflexion, bio devient synonyme d’écologique (et pourtant, une pomme bio produite en Argentine, puis réfrigérée pendant son transport jusqu’en Europe ne me semble pas bien écolo), électrique est nécessairement propre (merci Ségo)… Et l’industrie s’habille de vert, pour le bonheur de tous.
Bien entendu, à force de déconnexion, tous ces bons consommateurs hyper-connectés ne savent pas pour qui voter et pleurent quand un leader politique ne leur dit pas très précisément pour qui opter au second tour !!!
À quand l’élection à un seul candidat pour éviter les pleurs et les erreurs ?

361-01 : illustration de ce monde si beau où le gaz naturel est devenu un carburant propre, transporté dans des bateaux magnifiques. (Capture d’écran du site d’Engie).
Autre illustration (malheureusement de très mauvaise qualité).
Le « GDF Suez Point Fortin » est un méthanier construit en 2010 et pouvant transporter 154 200 m³ de gaz liquéfié. Propre.
Je pense qu’on ne fume pas à bord. Ou alors, juste avant son escale technique à Brest (des travaux sont prévus sur les chaudières auxiliaires !), le bosco avait oublié un truc sur le feu…

361-02 : il valait mieux être devant que derrière !

361-03 : le bateau fait 290 mètres de long et 44 mètres de haut, ce qui donne l’échelle du feu de barbecue.

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361-05 : et puis le vent a tourné…

361-06 : le GDF Suez Point Fortin a disparu momentanément dans son nuage.

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361-08 : ce nuage, propre sans aucun doute, s’est peu à peu dissipé au-dessus de la côte. L’air du large a dû être apprécié par quelques milliers de personnes ce jour-là !