Irma vient de frapper dans la Mer des Caraïbes. Que peut-on faire ? Doit-on tous devenir écologistes pour échapper au pire ?
Jean-Marc Jancovici nous rappelle ici quelques définitions et évidences : amoureux de la nature ou écologiste ? (Article aujourd’hui introuvable ? 07/08/25).
Il n’est pas nécessaire de se lancer dans des calculs savants pour réaliser que les déchets, en plastique, en verre ou en béton, jetés à la rivière ou à la mer, ne constituent pas un cadeau pour les autres utilisateurs de cette eau. Et pourtant le Fournil de Fernand (Saint Pol de Léon), et combien d’autres boulangeries, continue de distribuer ses sacs en plastique, biodégradables en 400 ans dans de bonnes conditions, souvent beaucoup plus !
Pas besoin d’ingénieurs non plus pour vous expliquer qu’un paysage, une forêt ou un ruisseau ne sont pas que des décors. Votre descente en canoë ou votre concert en plein air, « en communion avec la nature », ne font pas plaisir à tout le monde. Le bruit fera fuir l’Aigle royal, le piétinement modifiera la végétation herbacée, les infrastructures qui permettent vos déplacements morcelleront le territoire des Cerfs… et finiront par tout dénaturer.
Nous sommes tellement nombreux sur terre, et tellement enclins à nous imiter les uns les autres, que nous ne pouvons plus rien faire d’anodin, de neutre pour la nature.
Mais le plus inquiétant pour l’avenir, c’est notre modèle économique lié à une forte consommation d’énergie. Ce n’est pas un problème, c’est le problème.
Notre vie quotidienne a un très fort impact sur l’environnement. L’ordinateur qui me permet de tenir ce blogue, ma voiture, mes vêtements, pratiquement tous mes objets actuels sont fabriqués et assemblés aux quatre coins du globe, mes aliments produits plus ou moins loin, et tous voyagent en consommant des énergies fossiles. Si j’étais seul, ce ne serait pas bien grave.
Les spécialistes redoutent le dérèglement climatique depuis 30 ans, les curieux-informés depuis 20, mais aujourd’hui il faut regarder volontairement ailleurs pour ne plus voir l’évidence. Et peu importe la cause initiale (industrialisation ou calendrier astronomique), le dérèglement est en cours et les actions ne pourront que modérer l’augmentation de température. Mais il est indispensable de le faire.
Nombreux sont ceux qui critiquent Donald Trump, qui ne croit toujours pas au dérèglement climatique, mais combien ont commencé à réfléchir à leur comportement, à leurs achats, à leur bilan CO², à leur impact sur le climat ? Car au bout il y a Irma et les autres qui commencent à faire le ménage.
Je cause, je cause…
Au comptoir, un client regarde les résultats sportifs. Appelons-le Jean-Yves, comme ça s’il lit cet article il se reconnaîtra. Possesseur d’un 4X4 qui lui permet chaque jour d’aller acheter sa baguette et boire son demi, il se passionne pour le foot et commente volontiers l’actualité… Après je ne sais plus quel attentat, il préconisait un renvoi « chez eux » des gens qui nous menacent quand « on veut juste vivre tranquillement chez nous ». Ce con ne fait toujours pas le lien entre sa voiture à prix accessible et l’exploitation scandaleuse de ressources naturelles (main-d’œuvre comprise) situées en Afrique ou en Asie, il ne comprend pas que son monde est complètement dépendant de ce qui se passe aujourd’hui aux Antilles ou en Floride, demain en Inde ou en Australie. Il regarde ailleurs, des matches de foot et des pubs pour une nouvelle voiture ou un séjour sous les Tropiques… Et il participe, involontairement mais de toutes ses forces, au dérèglement ! Pauvre sot.
Détournez vous des « Jean-Yves », soyez plus intelligent, plus responsable qu’eux, adaptez vos comportements en pensant à vous, à vos enfants et à ce que vous allez leur laisser.
J’allais oublier ! Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Éric Ciotti critiquent l’action du gouvernement. En gommant rapidement le fait que ce cyclone (et non typhon ou ouragan) est d’une puissance inconnue à ce jour… Faut-il s’en étonner ?

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Cette série de photos a été réalisée alors que ce rocher dominait l’eau d’une dizaine de mètres à ce moment de la marée et qu’il y avait une houle de 5 à 6 mètres…
Au passage d’un cyclone, d’un ouragan ou d’un typhon de niveau 5, le niveau de la mer s’élève du fait des très faibles pressions atmosphériques (914 hPa pour Irma). Nos références sont les tempêtes de 1999 (960 hPa) et de 1987 (948 hPa). Cette surcote peut atteindre 5 à 6 mètres, soit à peu près le marnage d’une marée de 60 chez nous ! En d’autres termes, si un équivalent de Irma arrivait chez nous à marée basse, il nous la transformerait en marée haute…
Évidemment, à cette surcote s’ajoute les vagues, énormes, jusqu’à 20 mètres de haut, générées par les vents violents. Tout ceci est pratiquement inimaginable pour des gens comme vous et moi, y compris ceux qui fréquentent régulièrement la mer.
Un peu d’indulgence donc pour Éric Ciotti qui s’est même trompé sur la trajectoire du cyclone après son passage.