Je n’aime pas la mauvaise foi.
Les Français sont proches de la nature et sensibles à l’environnement, les sondages le montrent. Jusqu’au moment où il faut prendre l’avion (toujours pour de bonnes raisons) ou faire le plein. D’où ce mouvement de grogne face à une augmentation jugée scandaleuse du prix des carburants.
Je suis de ceux qui trouvent que les énergies fossiles ne sont pas assez coûteuses. Car c’est bien cette énergie abondante et bon marché qui permet le gaspillage sous toutes les formes (déplacements motorisés à chaque instant, développement constant du tourisme ou éclairage de rues désertes jusqu’à une heure avancée, entre autres). Un carburant « hors de prix » aurait depuis longtemps généré des changements d’habitudes chez les automobilistes, et chez les constructeurs qui continuent à nous proposer des modèles « suréquipés » plutôt que des engins particulièrement sobres !
Les chasseurs sont soucieux de la sécurité à la chasse. Leurs représentants souhaitent le port du gilet fluorescent pour la pratique des sports en nature et un député LREM propose l’interdiction du VTT le dimanche. L’auteur de ce twit provocateur explique qu’il voulait montrer qu’il est idiot de vouloir fermer la chasse le dimanche…
Faut-il alors peindre les espèces protégées, les arbres et les maisons en rouge ? Et arrêter la circulation sur les routes départementales pour mettre les usagers à l’abri des plombs ?
Regardons les choses en face et admettons qu’au-delà d’un certain âge et d’un certain taux d’alcool dans le sang il est préférable de ne prendre ni fusil ni voiture. Et que malgré toutes les précautions prises, tant qu’il y aura des voitures et des fusils conventionnels, il y aura des accidents. En attendant les voitures sans volant et des fusils sans « gâchette » !
Un représentant de la FNSEA nous assure que les éleveurs sont aujourd’hui attentifs au bien-être animal. Ce même syndicat défend les employés de l’abattoir de l’Indre où a été tournée une vidéo choquante.
J’habite la campagne et je vois les « attentifs au bien-être animal ». Je suis obligé de mettre des guillemets, mais si vous habitez la ville et que vous ne connaissez « nos » paysans qu’au travers des spots télévisés vantant une agriculture durable et respectueuse, vous ne pouvez pas comprendre.
Continuez à aller au Salon de l’agriculture voir des vaches shampouinées si vous le souhaitez, mais sachez que l’agriculture moderne se préoccupe avant tout de son image et du profit qu’elle peut en tirer.
De tout temps il y a eu des éleveurs sérieux et soucieux de leurs bêtes et des abrutis possédant des animaux de boucherie, des gérants d’abattoirs plus ou moins responsables, des politiques et des syndicalistes… mais ce sont toujours les hommes qui font la qualité du service. L’argent, la pression mise par les consommateurs qui trouvent tout trop cher et l’industrialisation (que la FNSEA ne critique pas) sont autant de facteurs qui mettent le circuit en tension. Les animaux trinquent bien sûr, mais les gens aussi. Et des éleveurs deviennent des abrutis, des employés d’abattoir des bourreaux.
À l’automne 2015, face au scandale de l’abattoir d’Alès, Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture, promet qu’il fera respecter le bien-être animal. D’autres vidéos et d’autres ministres suivent… mais l’argent, les lobbies… et en 2018, les faits sont toujours là.
La mauvaise foi ou l’ignorance des uns et des autres aboutit à un système incohérent. Si vous estimez qu’il est temps de faire quelque chose pour limiter le dérèglement climatique, repensez vos déplacements et votre consommation de carburant. Si vous êtes chasseur, regardez sur quoi vous tirez. Et si les vidéos de L214 vous choquent, mangez moins de viande, c’est bon pour la planète, mais exigez qu’elle soit de qualité, c’est bon pour les animaux, et payez la à son juste prix, c’est bon pour l’éleveur.

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