Récemment, une amie me contacte après avoir recueilli un rapace blessé.
Quelle espèce ? Quelle type de blessure ? On ne peut pas être bonne partout… Heureusement, la technique vient à notre secours et les photos du rapace blessé me montrent clairement un jeune Martinet. Erreur fréquente tant cet oiseau a une allure déroutante lorsqu’il est vu de près.
Sauf à avoir du temps, de la pâtée pour insectivores et une certaine expertise, le mieux est d’orienter le patient vers un centre de soins agréé. Mais l’addition « envols des jeunes de nombreuses espèces + vacances + sécheresse » a eu raison des capacités d’accueil du centre. Et ce petit Martinet va donc retourner d’où il vient, et même d’où il n’aurait jamais dû venir car ne rien faire est souvent ce qu’il y a de mieux à faire en matière de nature. Bien sûr que la suite est triste pour cet oiseau, même s’il a la chance de croiser un prédateur en quête de repas pour ses propres jeunes. Et sinon l’inanition, le froid ou la chaleur… C’est dur à admettre, car ce jeune Martinet subit une sélection que l’on peut juger injuste, sévère, inhumaine, mais il ne peut en être autrement.
Nos bons sentiments nous poussent à récupérer l’oiseau tombé du nid ou le bébé phoque échoué sur la plage. Mais chaque espèce produit plus de jeunes qu’il n’en faut pour le simple renouvellement des générations. Il leur faut pouvoir coloniser de nouveaux espaces, restaurer des effectifs réduits par les aléas climatiques. Ce surplus est absorbé chaque année par les maladies, les prédateurs, les parasites. Faute de quoi, les individus d’une même espèce se concurrencent et se nuisent mutuellement. Sauf cas particuliers d’espèces en sous-effectif chronique, une fois soigné, votre petit protégé va redevenir un individu en conflit avec ses congénères.
Il y a bien mieux à faire pour les animaux sauvages. Ne pas utiliser de produit chimique dans son jardin, par exemple. Ne pas goudronner, à commencer par sa propre cour. Ne pas couvrir de plastique, ne pas privilégier les plantes exotiques. Ne pas laisser traîner son chien. Etc.
Laisser faire, s’asseoir et regarder !
Intervenir raisonnablement dans son jardin, en dehors des périodes les plus critiques pour les animaux ou les plantes (reproduction notamment).
Fin de la digression. Vous venez de trouver un animal en difficulté et vous tenez à faire quelque chose pour lui. Sachez que s’il s’agit d’un jeune, il est préférable de ne pas l’éloigner de ses parents. Évident ! Donc ne pas lui faire peur et le laisser là où il est. CQFD.
Mais comment reconnaître un jeune animal ?

397-01 : chez les Mammifères, le jeune est plus petit que ses parents. Ce chevrillard (faon de Chevreuil) n’aura sa taille adulte qu’en fin d’hiver prochain. Chaque chevrette donne naissance à deux chevillards au printemps. La moitié environ meurt en cours d’année, entre autres de complications pulmonaires lors de périodes humides. Cette mortalité « normale » est compensée par une fécondité « excessive ».

396-07 : les Oiseaux nidifuges ou semi-nidifuges (voir ici), comme ce Goéland marin et aussi les poussins et canetons, naissent couverts de duvet. Ils quittent le nid très tôt et suivent leurs parents plus ou moins loin. Leur taille réduite et l’absence de plumes (elles n’apparaîtront que progressivement) les rendent faciles à identifier jusqu’à un âge assez avancé (plusieurs semaines).

397-03 : chez de nombreuses espèces, le plumage d’adulte n’est acquis qu’au bout de plusieurs années et les immatures sont très reconnaissables… pour qui connaît l’espèce en question. Mais il s’agit bien d’immatures (voir ici), c’est-à-dire d’oiseaux non adultes mais néanmoins totalement autonomes. Ce Goéland argenté immature est dans sa seconde année et, bien que n’étant pas en âge de se reproduire, il ne sera pas considéré comme un « jeune » dans un centre de soins.

397-04 : chez les Passereaux (pratiquement tous nos petits oiseaux), les jeunes quittent le nid avant de savoir se nourrir seuls, et même avant de savoir voler correctement, voire avant de savoir voler tout court ! Le but est d’abandonner un nid devenu étroit et parfois insalubre. Un bec énorme aux bords épais et souvent colorés, un air ahuri, un plumage « mou » aux couleurs plutôt fades sont autant d’éléments qui permettent de reconnaître le « vrai bébé » qui a sensiblement la même taille que les adultes. À ce stade, tout peut basculer très rapidement. Le vent et la pluie, ou la chaleur et la sécheresse, peuvent être fatals, mais le chien curieux peut aussi éparpiller la nichée et compromettre ses chances. Ne pas intervenir, ou si nécessaire, mettre l’oisillon à l’abri, c’est-à-dire sur une branche ou un mur aussi proche que possible de l’endroit où vous l’avez trouvé. Cette Hirondelle rustique a élu domicile sur une brouette ; en l’absence de chien et de chat, c’est un choix convenable.

397-05 : une jeune Bergeronnette des ruisseaux. Queue courte et plumage paraissant doux (ce qu’il est souvent).

397-06 : Moineau domestique.

397-07 : ce jeune Pouillot véloce porte son premier plumage, poussé en quelques jours pour pouvoir quitter le nid au plus vite. Les plumes en sont moins dures, moins structurées que celles des adultes, d’où cet aspect velouté. Dans quelques semaines, capable de s’alimenter seul et correctement, il renouvellera cette couverture « bas de gamme » et prendra le temps de produire quelque chose de plus sérieux, à même de le protéger des intempéries et de le porter en Espagne ou en Afrique où il passera l’hiver.

397-08 : les teintes brunes ou rousses et les taches et bordures pâles sont fréquentes chez les jeunes oiseaux. Merle noir.

397-09 : évidemment que deux « innocents » attendant leurs parents, plus ou moins bruyamment, sont des jeunes. Remarquez la teinte grisâtre du corps et les liserés blancs des ailes. Cincles plongeurs.

397-10 : un jeune Chardonneret élégant (en compagnie d’un Moineau domestique et d’un Verdier d’Europe) près d’une flaque d’eau. Ses couleurs ternes compensent en partie son manque de vigilance.

397-11 : vous le reconnaissez, vous l’avez vu page 350. Ce qui explique ce petit coucou de la patte qu’il vous fait discrètement ! (Et je ne vous fait donc pas l’affront d’un sous-titrage vous indiquant l’espèce). Exemple flagrant de changement de plumage en cours.

397-12 : la transformation d’un oiseau insignifiant (un jeune Rougegorge familier) en un des plus connus des jardiniers et des poseurs de mangeoires. Et cela se passe tous les ans dans votre jardin ou dans le bois le plus proche de chez vous. Mais il est possible que vous ne soyez pas toujours assez attentif à ce qui se passe autour de vous !