Le 9 juin 2020, un Ours brun est retrouvé mort en Ariège. Tué par balle.
Pas de déclaration outrée d’un ministre chargé de l’écologie, ni d’un ministre qui ne veut pas de violence sur son territoire…
Ce même ministre qui dit (8 juin 2020) à ses policiers d’être exemplaires et dignes de leur fonction quand lui se permet des appels à peine voilés au dérapage (voir page 399).
Ce ministre qui ne réagit déjà pas quand, en 2019, un véhicule de l’ONCFS brûle en Ariège, non loin d’une estive où il se passe de curieuses choses.
Mais ce ministre, aussi détestable soit-il, ne fait que reprendre le flambeau.
Avant lui et au même poste, en 2017, Gérard Collomb, très soucieux de l’ordre et de la lutte contre le terrorisme, ne s’inquiète pas d’une vidéo montrant des gens cagoulés et armés proclamant qu’ils vont tuer des ours.
Qui ne dit mot consent.
Et qui se souvient d’une déclaration d’un ministre lorsqu’en 1995 les premiers louveteaux sauvages sont observés en France depuis bien longtemps. Comme ses prédécesseurs et ses successeurs, Michel Barnier avait alors surtout à cœur de ne pas froisser les éleveurs, pourtant avant tout victimes d’une politique libérale soutenue par les gouvernements successifs. La lutte contre les Ours ou les Loups détourne l’attention.
Chez nos voisins belges, l’événement est salué comme il se doit (voir ici). Vive les Belges.
Et malgré des sondages qui vont toujours dans le même sens, y compris en zone occupée par les Ours bruns (sondages), en janvier 2020 Macron rassure les agriculteurs de la région de Pau en leur promettant qu’il n’y aura pas de nouveau lâcher d’Ours d’ici à la fin de son quinquennat.
Les opposants au Loup et à l’Ours peuvent donc braconner, menacer, séquestrer même comme en 2015 (Parc National de la Vanoise), brûler et obtenir ce qu’ils souhaitent pendant que les protecteurs, qui vont dans le sens des politiques annoncées et de ce que souhaite le grand public, n’obtiennent par la voie légale que ce que la justice leur accorde.
La tension monte par la faute de politiques qui ne gèrent pas mais temporisent et misent sur l’enlisement. L’État et ses services publics ne remplissent pas leurs fonctions.
Et alors ?
L’Ours des Pyrénées est l’objet de discussions et d’études depuis plus de 50 ans, et la situation ne s’améliore pas vraiment. Certains s’impatientent face à l’inaction et au laxisme de l’État.
Premier résultat, une prime de 45 000 euros est offerte par Sea Shepherd et d’autres associations pour qui aidera la gendarmerie nationale a trouver le braconnier.
C’est légal, mais pas nécessairement bien vu.
En arriver à compter sur des chasseurs de primes pour que la justice puisse travailler est une régression qui ne fera que nourrir la radicalisation en cours. Bien malin qui sait jusqu’où ira cette escalade. Il y a des armes à feu, des espèces protégées, des bergers excédés, des promesses contradictoires et une vraie impunité pour certains manipulateurs.
Ce n’est pas la prime qui me choque, mais le contexte préparé et entretenu par la démission/compromission de nombreux « responsables ».
Quelques éléments pour mieux comprendre la complexité du problème.

415-01 : le Mouton est un animal capable de brouter de sa propre initiative. Les éleveurs le savent depuis longtemps et laissent leurs animaux sans surveillance quand c’est possible.

415-02 : le faible coût de ce type de conduite en a fait un modèle, labellisé sur certains alpages. Je ne sais pas si les Moutons en profitent, mais les communicants le font savoir.

415-03 : extrait du Cahier des charges de l’Appellation d’Origine Protégée Barèges-Gavarnie. Mais contrairement à ce que laisse supposer Mon Païs Gourmand, cette conduite n’est que toute récente et liée à la disparition des grands prédateurs.

415-04 : et s’il n’y a plus d’attaques de Loups ou d’Ours, les accidents restent fréquents en montagne (terrains pentus, pierriers, orages, brouillard, maladies, chiens errants…). Le Mouton, même élevé « à la dure », reste une espèce domestique. La mortalité est conséquente (entre 2 et 5 %, soit 15 à 30 000 animaux chaque été en Pyrénées françaises. Chiffres de 2003). La « liberté totale » est payée par les Moutons qui meurent nombreux, mais libres. J’espère qu’ils apprécient cette délicate attention à sa juste valeur !

415-05 : le retour du Loup ici, sur le Causse Méjean, de l’Ours ailleurs, oblige l’éleveur a changer ses habitudes. Les troupeaux sont parqués la nuit…

415-06 : et retournent au pâturage en journée.
Cette modification est particulièrement contraignante pour les producteurs de viande qui doivent retrouver leurs bêtes chaque jour. Même s’ils ne les parquaient pas pour la nuit, les fromagers rassemblaient déjà leurs brebis pour la traite deux fois par jour.

415-07 : simple en apparence.

415-08 : mais en journée, par temps chaud, les brebis paissent moins et profitent moins, d’où un manque à gagner pour l’éleveur.

415-09 : et pour rentrer le troupeau tous les soirs, il faut des chiens de berger. Bien dressés.

415-10 : le Patou n’aide en rien à la conduite du troupeau, mais il le défend contre les vraies menaces idéalement (Loup, Ours…), et contre tout ce qui bouge (cycliste, photographe, camping-car…) si le dressage est approximatif. Gardez vos distances et tout se passera bien.

415-11 : tout cet équipage doit être dirigé par un berger, homme ou femme. Ce salarié améliore le rendement du troupeau, mais l’ensemble a un vrai coût qui n’est que partiellement couvert par une baisse de la mortalité sur le troupeau. Et la réticence des éleveurs peut aisément se comprendre.

415-12 : et comme nous voulons tous manger du Roquefort et que le marché tire toujours les prix vers le bas, il y aura encore longtemps des queues coupées « à la chaîne » et des agneaux sacrifiés afin de détourner le lait qui leur était destiné.
Et des pâturages resemés avec des mélanges « modernes » (= produits par des semenciers) parce que l’industrie du fromage veut une qualité constante !