Pas nécessité de calculs savants pour réaliser que nos déchets, en plastique, en verre ou en béton, jetés à la rivière ou à la mer, ne constituent pas un cadeau pour les autres utilisateurs de cette eau.
Pas besoin d’ingénieurs non plus pour vous expliquer qu’un paysage, une forêt ou un ruisseau ne sont pas que des décors. Que votre descente en canoë ou votre concert en plein air, « en communion avec la nature », ne font pas plaisir à tout le monde. Le bruit fera fuir l’Aigle royal, le piétinement modifiera la végétation herbacée, les infrastructures qui ont permis votre accueil morcelleront le territoire des Cerfs…
Et que dire des activités pérennes liées au ski, par exemple ; les villages de montagne qui se mouraient sont sauvés, certes, mais l’environnement prend cher ! Et on se dirige gentiment vers un Snow-land avec neige artificielle et animations, éclairage des pistes, tartiflette sur fond de Bouquetins exterminés (voir P307).
La « communion » avec la nature, sorte de partage spirituel qui implique compréhension et respect, est un concept que communicants et vendeurs se sont empressés de détourner pour mieux le « valoriser ». Avec quelques « Vous le valez bien » assortis d’une haute conscience du fait que « Vous avez le droit », vous voilà prêts à consommer du sauvage.
Le tourisme consistant par définition à voyager pour son plaisir, même le plus respectueux de l’environnement génère des déplacements, donc des consommations, superflus. Le tourisme n’est jamais écolo. Et je ne parle pas du tourisme cynégétique !
Au mieux, il peut être compensé par des actions en faveur de l’environnement, sur place (sinon à quoi bon ce voyage !). Les agences préfèrent vous vendre le concept du « mieux connaître pour mieux protéger », ce qui n’engage à rien. Loin si possible, pour mieux déconnecter. Et en avant les caresses aux Baleines grises, les voyages au Costa-Rica ou en Arctique.
Et pourquoi se priver puisque les naturalistes sont les premiers à parcourir le monde pour des motifs plus ou moins avouables.
Et si vous n’avez pas les moyens, il vous reste les selfies avec les Veaux marins en baie de Somme, ou avec les Bouquetins dans les Alpes. Dans tous les cas, ce sera une intrusion massive dans la vie de ces animaux, avec des conséquences réelles, même si pas toujours fâcheuses. Les Phoques quitteront peut-être prématurément leur zone de repos, avec le risque de noyade pour certains jeunes… Pas certain et invérifiable, et puisque l’espèce se porte bien, personne ne vous en fera le reproche !
Pourquoi tout cela m’exaspère ? Parce que la nature est un ensemble qui fabrique des produits de première nécessité (air respirable, eau potable, aliments). Et cet ensemble constitué de communautés animales et végétales est extrêmement complexe, et il mérite notre attention parce qu’il est abîmé. En effet, si nos diverses interventions étaient globalement diluées et assez peu visibles jusqu’à présent, l’accroissement de la population humaine et de ses moyens d’action sont aujourd’hui de plus en plus impactants. Le tourisme n’est certes pas le problème principal, mais il s’ajoute aux autres, et le tourisme dit écologique apporte des nuisances à des endroits jusqu’à présent plutôt préservés. Un comble.
La majorité des gens ignorent tout de la fragilité de ces milieux vivants, et de la nécessité, vitale pour l’humanité, de les maintenir en état de fonctionnement correct. Les nuisances générées par un Chien ou un VTT sont involontaires et peu conséquentes, mais leur répétition crée problème.
Les professionnels de l’environnement (je ne parle pas de ceux qui travaillent à la coopérative agricole ou à la jardinerie !) devraient nous informer sur ces risques et veiller à en limiter l’ampleur. Devraient ! Car les politiques veillent. Et contrôlent.
Quelques scènes de vie que chacun a déjà pu voir, peut-être sans y prêter attention.

420-01 : le « drive ». Très pratique et très pratiqué, il permet de consommer du vautour, ou autre chose, sans avoir à se garer. 4×4 ou berline fabriquée grâce à des centrales à charbon ne sont pas obligatoires.
Les responsables réagissent, élargissent les routes, créent des parkings… c’est bon pour l’économie.

420-02 : le parking, bordé d’arbustes sous lesquels vous trouverez papiers et cannettes vides. Lorsqu’il est avec vue sur mer, comme ici, certains l’utilisent comme un drive.

420-03 : il y a quelques décennies, des dunes, des Oiseaux, des Insectes, une communauté végétale qui fixait le sable, produisait de l’air pur… Aujourd’hui remblais, parkings, pelouses et éclairage public ; la communauté au service du tourisme de masse. Au pied des Tamaris que vous voyez à droite, la plage et des enrochements… Cet Homme et son Chien profitent des restes et ne risquent plus de faire grand mal !

420-04 : non tenu en laisse, le Chien est extrêmement stressant pour les animaux sauvages, même s’il ne leur court pas après. Celui-ci se défoule une demi-heure par jour sur cette plage (dixit son maître qui se régale de le voir s’amuser) et se passerait difficilement de cet exercice pourtant très préjudiciable pour la faune sauvage. Et ce n’est certainement pas le Chien qui est fautif. Et dans le cas présent, le maître non plus qui ignorait l’impact de cette activité.

420-05 : les voiles de kite (hors cadre) affolent les Limicoles qui se dépensent inutilement au cours de cette « communion ».

420-06 : la pêche de loisir a un impact fort parce que les bateaux sont nombreux. Captures, déchets de plastique, pollutions chimiques liées aux moteurs et aux produits d’entretien, dérangements divers. Je ne sais pas ce que faisait ce pêcheur, ni si cette coloration est toxique.

420-07 : descente du Tarn en canoë. Communion pour les uns, pollution pour les autres : bruit bien sûr, plastiques encore, crèmes solaires, restes de pique-nique, papiers hygiéniques, parkings, va-et-vient des remorques remontant les embarcations et leurs occupants. Les Vautours s’en accommodent, les Cincles moins.

420-08 : ce Chien est un lévrier, dans une réserve de chasse et de faune sauvage. Pourtant « l’emploi des chiens lévriers pur sang ou croisés » est interdit à la chasse. Pas de chasseur à proximité, juste une femme qui ne se préoccupait pas du tout de son Chien.

420-09 : bien sûr le Chien, mais regardez bien. Bâtiments, parkings, muret de protection, Conifères, tout est « humain ». Jusqu’à la présence de Fougères aigle indiquant généralement des anciens pâturages.